Leadership des femmes : comprendre les écarts et accélérer les progrès
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Les femmes représentent la moitié de la population, mais restent sous-représentées dans les espaces de décision, notamment en raison de la persistance des stéréotypes et des normes sociales de genre, ainsi que des défis structurels, sociaux et territoriaux qui limitent l’égalité des chances. Voici pourquoi — et comment — soutenir le leadership des femmes.
Femmes marchant dans la rue à Marrakech. Crédits : ONU Femmes Maroc
Au rythme actuel des progrès, la parité entre les femmes et les hommes dans les parlements nationaux ne pourrait être atteinte que dans 63 ans. Si les tendances actuelles se poursuivent, il faudrait encore 171 ans pour parvenir à l’égalité des droits et des chances pour les femmes et les filles dans tous les domaines de leur vie.
Ces données sont mises en lumière dans le rapport Gros plan sur l’égalité des sexes (Gender Snapshot) 2026, élaboré par ONU Femmes et le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DAES). Ce rapport constitue la principale source mondiale de données sur l’égalité des sexes et le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Il dresse un état des lieux des progrès enregistrés en matière de droits des femmes au regard des 17 Objectifs de développement durable (ODD).
À quoi ressemble l’écart en matière de leadership ?
La sous-représentation des femmes touche de nombreux espaces de décision. À l’échelle mondiale, elles n’occupent que 27,4 % des sièges parlementaires, 22,4 % des postes au sein des gouvernements nationaux et ne représentent que 19 % des ministres en charge de portefeuilles économiques. Dans le secteur judiciaire, seules 31 des 175 personnes à la tête des cours suprêmes dans le monde sont des femmes.
Cette sous-représentation se retrouve également dans des secteurs essentiels comme la santé et l’éducation. Les femmes n’occupent que 26,3 % des postes de ministres de la santé, tandis que leur représentation parmi les ministres de l’éducation est passée de 31,8 % en 2024 à 28,7 % en 2026. Les écarts se retrouvent aussi dans les secteurs technologiques. Les femmes représentent environ 22 % des spécialistes de l’intelligence artificielle dans le monde et seulement 14 % des postes de leadership dans ce domaine. Selon des études mondiales portant sur plus de 140 000 personnes, elles sont également 20 % moins susceptibles que les hommes d’utiliser des outils d’IA générative.
Dans l’économie et le secteur privé, les femmes ne représentent que 5,8 % des PDG des entreprises cotées en bourse, alors qu’elles occupent 25,1 % des sièges au sein de leurs conseils d’administration. Les écarts concernent également l’accès au financement : en 2024, les équipes fondatrices exclusivement féminines n’ont reçu que 2,3 % du capital-risque mondial, contre 83,6 % pour les équipes exclusivement masculines.
Au Maroc, les femmes restent également sous-représentées dans plusieurs fonctions de décision. Sur le plan politique, elles occupent 29% des postes ministériels, 24,3% des sièges à la Chambre des Représentants et environ 11% à la Chambre des Conseillers. A l’échelle territoriale, une seule femme préside un conseil régional, sur les douze que compte le Maroc. En 2024, elles occupaient 60 postes de direction dans l’administration publique, contre 368 pour les hommes, et 358 postes de chef de division, contre 1 365 pour les hommes. Dans la magistrature, elles représentaient 25,5 % des magistrats de siège et 20,7 % des magistrats du parquet.
Les quotas de genre et la diversité bénéficient à toutes et tous
Le rapport Gros plan sur l’égalité des sexes 2026 montre qu’historiquement, dans les pays où les femmes occupent plus de 20 % des sièges parlementaires, les taux de vaccination sont jusqu’à 12 points de pourcentage plus élevés et davantage d’enfants survivent au-delà de la petite enfance que dans les pays où la proportion de femmes au Parlement est plus faible.
Pourquoi l’écart en matière de leadership entre les femmes et les hommes reste-t-il aussi important ?
Plusieurs facteurs contribuent à maintenir cet écart :
Le coût. Dans certains pays, se présenter à une élection peut coûter plus de 100 fois le revenu national moyen par habitant, excluant de fait les femmes et les candidats aux revenus plus modestes avant même qu’un seul bulletin ne soit déposé.
L’affaiblissement des institutions, en particulier des mécanismes institutionnels pour l’égalité des sexes. Au cours des deux dernières années, l’influence d’une institution gouvernementale sur trois consacrée à l’égalité des sexes a diminué, et près d’un quart d’entre elles ont vu leur budget baisser.
Les réductions de financement. Les financements destinés aux organisations de défense des droits des femmes ont récemment diminué de 28 %, tandis que les programmes en faveur du leadership des femmes ne reçoivent que 15 % de l’ensemble de l’aide publique au développement consacrée à l’égalité des sexes.
Des lois discriminatoires et inégalitaires. Malgré les progrès accomplis, des écarts persistent dans les cadres juridiques et dans leur mise en œuvre. Ces écarts peuvent avoir des conséquences sur l’exercice effectif des droits, l’accès à la protection et l’accès à la justice. A cela s’ajoutent les normes sociales et les stéréotypes de genre, qui continuent d’influencer les rôles et les responsabilités attribués aux femmes et aux hommes, ainsi que la participation des femmes aux espaces de décision et aux fonctions de leadership.
Les violences et les intimidations peuvent également constituer un obstacle à la participation des femmes à la vie publique et politique. Parmi les parlementaires interrogé·e·s dans le cadre d’une étude de l’Union interparlementaire, 76 % des femmes ont déclaré avoir été victimes d’intimidations ou de violences de la part du public, contre 68 % des hommes. Les femmes sont par ailleurs confrontées à des violences fondées sur le genre, y compris à caractère sexuel, qui visent à les dissuader de participer pleinement aux processus décisionnels et au débat public.
Six actions pour combler l’écart en matière de leadership
Le rapport Gros plan sur l’égalité des sexes 2026 met en évidence des solutions concrètes pour favoriser une participation pleine et égale des femmes aux espaces de décision et aux fonctions de leadership.
Mettre en œuvre de véritables quotas de genre, et non des quotas symboliques. Dans les pays dotés de quotas visant une représentation des femmes supérieure à 40 % dans la vie politique, la représentation des femmes est supérieure de 16 points de pourcentage dans les parlements et de 17 points dans les instances des collectivités locales, par rapport aux pays qui n’ont pas de quotas.
Réduire les obstacles financiers à la participation politique, notamment en agissant sur le coût des candidatures et sur les mécanismes de financement des campagnes électorales, afin de favoriser un accès plus égal à la participation politique.
Renforcer les institutions et mécanismes nationaux pour l’égalité des sexes grâce à des mandats solides, à des effectifs suffisants et à des ressources dédiées et pérennes.
Réduire l’écart en matière de droits reconnus par la loi en veillant à l’application effective des lois, et pas seulement à leur existence sur le papier.
Renforcer le financement des organisations des droits des femmes, qui sont au plus près du terrain et jouent un rôle essentiel dans la promotion des droits, de la participation et du leadership des femmes.
Faire évoluer les normes et les stéréotypes de genre en transformant les représentations des femmes dans la sphère publique. Créer des coalitions et offrir des possibilités, des ressources et des services pour promouvoir le leadership des femmes.
Combler les écarts en matière de leadership nécessite ainsi d’agir à plusieurs niveaux : sur les cadres institutionnels et juridiques, les ressources, les possibilités de participation et les normes sociales, afin de créer un environnement favorable à la participation pleine et égale des femmes à la prise de décision.
Pour en savoir plus, consultez le rapport Gros plan sur l’égalité des sexes 2026.