WAFCON 2026 : Faire du sport féminin un levier d’égalité
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Article conjoint d’ONU Femmes Maroc et de Tibu Africa
Du 25 juillet au 16 août 2026, le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique des Nations Féminine de la CAF. Pour la première fois, 16 sélections nationales prendront part à la compétition, faisant de cette 14e édition la plus importante de l’histoire de la WAFCON par le nombre d’équipes engagées. Le tournoi constituera également une étape déterminante vers la Coupe du monde féminine de la FIFA 2027 qui aura lieu au Brésil.
À l’occasion de ce rendez-vous sportif, ONU Femmes et Tibu Africa rappellent que les grands événements sportifs peuvent constituer des moments importants pour faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes, à condition qu’ils aient un impact durable au-delà des compétitions.
Le sport féminin ne se résume pas à la performance sur le terrain. Il interroge l’accès des filles aux espaces sportifs, la sécurité, la visibilité médiatique, les investissements, le leadership, l’emploi et la transformation des normes sociales.
Dans cette perspective, voici six priorités pour faire du sport un véritable levier d’égalité, pendant la WAFCON 2026 et au-delà.
Transformer la visibilité du sport féminin en engagements durables
L’intérêt du public pour le sport féminin continue de progresser. Près de 73 % des personnes interrogées déclarent regarder des compétitions féminines au moins quelques fois par an. La Coupe du monde féminine de la FIFA 2023 a, quant à elle, touché une audience mondiale estimée à près de deux milliards de personnes, soit la plus importante jamais enregistrée pour un événement sportif féminin (Parity et SurveyMonkey, 2024).
L’élargissement de la WAFCON de 12 à 16 équipes s’inscrit dans cette dynamique et marque une étape importante pour le football féminin en Afrique. L’enjeu est désormais de transformer cette visibilité en progrès durables : davantage de programmes accessibles aux filles, des infrastructures adaptées, des parcours de formation et de leadership, des mécanismes de protection efficaces et des investissements financiers pérennes.
Les principes du cadre d’ONU Femmes « Sport for Generation Equality » appellent l’ensemble de l’écosystème sportif à prendre des engagements concrets et mesurables en faveur de l’égalité de genre dans et par le sport (ONU Femmes, 2020).
Transformer l’élan en héritage durable.
Garantir aux filles un accès égal, sûr et durable au sport
Le sport offre aux filles un espace d’apprentissage, de confiance et de pouvoir d’agir. Sa pratique favorise la persévérance scolaire, élargit les perspectives professionnelles et permet de développer des compétences essentielles telles que la résilience, le travail en équipe, la prise d’initiative et la capacité à relever de nouveaux défis. Parmi les femmes interrogées ayant pratiqué un sport pendant leur enfance, 85 % considèrent que les compétences acquises ont contribué à leur réussite professionnelle. Cette proportion atteint 91 % parmi celles qui occupent des fonctions de leadership (Deloitte, 2023).
Pourtant, à l’âge de 14 ans, les filles abandonnent le sport à un taux deux fois plus élevé que les garçons, en raison notamment des attentes sociales, du manque d’investissements dans des programmes de qualité, de possibilités inégales et d’un soutien insuffisant.
À Tibu Africa, cette ambition se construit dès l’école primaire. Le programme Génération Sportive intègre aux emplois du temps des écoles publiques des activités sportives et éducatives régulières, à raison d’au moins deux séances par semaine et par niveau, pour les filles comme pour les garçons. Encadrées par des animateur·rice·s sport-santé formé·e·s, ces séances contribuent au développement des compétences motrices, cognitives et socio-affectives des enfants et renforcent l’accès à une pratique sportive structurée, y compris dans les territoires ruraux et éloignés.
Garantir à chaque fille la possibilité de pratiquer un sport, d’y rester et d’y progresser exige des investissements durables, des programmes accessibles et de qualité, des environnements sûrs ainsi que le soutien des familles, des communautés et des institutions. Créer ces conditions, c’est permettre aux filles de développer pleinement leur potentiel et de devenir les leaders de demain.
Jouer aujourd’hui, diriger demain.
Faire de la sécurité une condition non-négociable de participation
Chaque femme et chaque fille a le droit de vivre le sport en toute sécurité, quel que soit son rôle : athlète, entraîneure, arbitre, journaliste, professionnelle de l’événementiel, bénévole ou supportrice. Ce droit doit être garanti sur les terrains et dans les vestiaires, mais également dans les tribunes, les transports, les espaces publics et les environnements numériques. Près de 21 % des athlètes professionnelles interrogées déclarent avoir subi des violences sexuelles pendant leur enfance dans un cadre sportif, contre 11 % des athlètes masculins (ONU Femmes et UNESCO, 2023).
Garantir un sport sûr suppose une approche globale : des politiques de prévention et de tolérance zéro, des mécanismes de signalement accessibles et confidentiels, la protection des personnes qui dénoncent les abus, la formation des responsables et du personnel, ainsi que des réponses centrées sur les droits et les besoins des personnes survivantes.
À Tibu Africa, cette exigence se traduit par une règle claire : les coachs, les éducateur·rice·s et toute personne appelée à intervenir auprès des enfants et des jeunes dans le cadre des programmes suivent en amont la formation « Protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PSEA) », dédiée à la prévention et au signalement des situations d’exploitation et d’abus sexuels. Cette formation vise à installer des comportements professionnels adaptés, une vigilance partagée et des réflexes de signalement, afin de garantir des espaces sportifs sûrs, respectueux et protecteurs.
La sécurité dans le sport est un droit, l’affaire de toutes et tous, et une condition essentielle de participation des femmes et des filles.
Changer les récits médiatiques autour des sportives
La progression de l’intérêt pour le sport féminin contraste encore avec la place limitée qui lui est accordée dans les médias. Après être restée autour de 5 % pendant près de trois décennies, la part du sport féminin dans la couverture sportive a triplé depuis 2019 pour atteindre 16 % en 2022. Cette évolution illustre les marges de progression qui subsistent pour une couverture plus régulière, équilibrée et exempte de stéréotypes.
La visibilité des sportives contribue directement à faire évoluer les représentations. 88% des personnes interrogées considèrent les athlètes professionnelles comme des modèles influents pour les jeunes femmes.
La WAFCON 2026 constitue ainsi une occasion stratégique de placer les performances, les expertises et les voix des femmes au cœur du récit sportif africain. Les médias, les diffuseurs, les plateformes numériques, les annonceurs et les marques ont un rôle déterminant à jouer pour renforcer cette visibilité pendant la compétition, mais aussi au-delà.
Plus de visibilité, c’est plus de possibilités.
Investir dans le sport féminin comme secteur d’emploi et d’autonomisation économique
Le sport féminin génère des perspectives professionnelles bien au-delà des terrains. Athlètes, entraîneures, arbitres, dirigeantes, journalistes, entrepreneures et professionnelles de la santé, du numérique, de la communication ou de l’événementiel participent à un écosystème créateur d’emplois, de compétences et de possibilités de leadership. Renforcer leur accès à ces métiers contribue à leur participation économique et à leur présence dans les espaces de décision.
Investir dans le sport féminin, c’est soutenir l’ensemble de sa chaîne de valeur : financements équitables, parcours de formation, perspectives de carrière, partenariats durables, entrepreneuriat et accès des entreprises dirigées par des femmes aux marchés liés au sport. Les institutions sportives, les pouvoirs publics et le secteur privé peuvent accompagner cette dynamique à travers leurs politiques d’investissement, de recrutement, de partenariat et d’achat.
Cette dynamique se traduit notamment par les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération orientées vers les métiers du sport. Elles accompagnent des jeunes filles et garçons en situation de vulnérabilité à travers le développement personnel, l’acquisition de compétences de vie, des formations qualifiantes, des stages et un accompagnement individualisé vers l’emploi ou la création d’activité. Ainsi que l’initiative Girls CAN, un programme d’autonomisation des jeunes femmes qui associe formation aux métiers du sport, développement du leadership, renforcement de l’employabilité et expériences concrètes au sein des communautés. Les bénéficiaires sont ainsi accompagnées pour construire leur parcours professionnel et devenir, à leur tour, des actrices de changement auprès des plus jeunes.
À jeu égal, des opportunités égales.
Mobiliser tout l’écosystème sportif pour l’égalité
L’égalité est une responsabilité partagée. Les hommes et les garçons ont un rôle essentiel à jouer comme alliés pour remettre en question les stéréotypes et promouvoir des normes sociales favorables à la participation pleine, égale et effective des femmes et des filles, dans le sport comme au-delà.
Dans le sport, cet engagement se traduit par des actions concrètes : reconnaître l’expertise et le leadership des femmes, prévenir les violences, remettre en question les pratiques discriminatoires et favoriser un partage plus équitable des ressources, de la visibilité et du pouvoir de décision. Les familles, les équipes techniques, les supportrices et supporters, les médias, les institutions sportives et les pouvoirs publics peuvent toutes et tous contribuer à faire évoluer durablement les pratiques et les représentations.
Cette mobilisation s’incarne notamment dans le Forum National de l’Empowerment des Filles et des Femmes par le Sport, porté par ONU Femmes Maroc et Tibu Africa en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et des Sports. Réunissant jeunes filles, femmes, institutions, éducateur·rice·s, expert·e·s et partenaires, il constitue un espace d’action, de plaidoyer et de co-construction de solutions autour du sport sûr, du leadership, des métiers et de la représentation. Sa quatrième édition se tiendra les 9 et 10 octobre 2026 à Casablanca.
L’égalité se joue en équipe.
Faire du sport un levier d’égalité exige une mobilisation collective. La WAFCON 2026 peut être un moment fort de visibilité pour le football féminin africain. Elle peut aussi devenir une opportunité pour accélérer des changements plus durables en faveur des filles et des femmes, dans le sport et dans la société.
À propos d’ONU Femmes
ONU Femmes œuvre pour l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles. Dans et par le sport, ONU Femmes mobilise le plaidoyer, les partenariats, les données et les normes internationales pour renforcer le leadership des femmes et des filles, prévenir les violences, promouvoir une représentation plus juste et encourager des investissements plus équitables dans l’écosystème sportif.
À propos de Tibu Africa
Tibu Africa est une ONG panafricaine pionnière qui mobilise le sport comme levier d’éducation, d’inclusion, d’employabilité et d’autonomisation des jeunes et des femmes. Présente dans les 12 régions du Royaume et dans plusieurs pays africains, elle développe des programmes intégrant compétences de vie, santé mentale, accompagnement psychosocial et entrepreneuriat. Déployée dans plus de 63 villes du Maroc, elle accompagne chaque année plus de 350 000 bénéficiaires et fait du sport une infrastructure sociale et économique au service de l’égalité des chances et du développement durable.