Journée internationale des femmes dans la diplomatie : entretien avec S.E. Mme Farida Jaïdi
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Chaque année, le 24 juin, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2022. Cette journée met en lumière la contribution des femmes aux relations internationales et encourage leur participation pleine, égale et d’influence dans les espaces où se construisent le dialogue, la coopération et la paix.
Cette dynamique a abouti à l'adoption, le 3 avril 2025, lors de sa 58ᵉ session, de la résolution 58/15 « Femmes, diplomatie et droits de l'homme » par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Porté par un groupe transrégional piloté par S.E Monsieur Omar Zniber, Représentant permanent du Maroc auprès de l'Office des Nations unies, ce texte souligne les obstacles persistants à la participation des femmes dans la diplomatie et appelle à renforcer leur présence dans les instances internationales de décision.
À cette occasion, S. E. Mme Farida Jaïdi, diplomate marocaine au parcours remarquable, ancienne ambassadrice du Maroc en Suède, au Brésil et au Paraguay, ancienne consule générale à Montréal et ancienne directrice de la coopération multilatérale auprès du ministère des Affaires étrangères du Royaume du Maroc, partage son regard sur la place des femmes dans la diplomatie, les progrès accomplis et les défis qui restent à relever.
Intervention de Mme Jaïdi lors du Dialogue d’appropriation nationale du Plan d’Action National Femmes, Paix et Sécurité (PAN 1325). Crédits : ONU Femmes Maroc
“J’ai toujours été convaincue que la diplomatie est un métier qui convient particulièrement à la femme. À mes yeux, la femme est une diplomate née : pacifique, travailleuse, rigoureuse, intègre, professionnelle et capable de s’adapter à toutes les situations. Elle privilégie le consensus, œuvre pour la paix, la justice, l’égalité et le développement. Cette conviction a guidé mon engagement tout au long de ma carrière diplomatique.”
Quels progrès avez-vous observés concernant la participation des femmes dans la diplomatie au cours de votre carrière, et quels défis demeurent encore aujourd’hui ?
Au Maroc, la première femme Ambassadeur fut Son Altesse Royale la Princesse Lalla Aïcha, nommée en 1964. Il a toutefois fallu attendre 1998 pour qu’une autre femme soit nommée Ambassadeur auprès de l’UNESCO, puis 2000 pour une nomination auprès de l’Union européenne. La première femme diplomate de carrière accréditée auprès d’un État a été nommée en 2001, en Suède, sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Les progrès sont aujourd’hui visibles : 19 ambassades marocaines sont dirigées par des femmes, dont la plupart sont des diplomates de carrière.
Néanmoins, le parcours des femmes en diplomatie reste plus exigeant. Les promotions et l’avancement nécessitent souvent davantage d’efforts et de preuves de compétence. Les femmes sont davantage observées, disposent de moins de marge d’erreur et doivent encore faire face à des mentalités conservatrices. Si les responsabilités sont identiques à celles de leurs homologues masculins, elles assument souvent en plus des tâches de représentation sociale traditionnellement associées au conjoint de l’ambassadeur.
Le Maroc a réaffirmé son engagement en faveur de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité à travers l’extension de son Plan d’Action National 2025-2026. En tant que diplomate de carrière et membre du Réseau Marocain des Femmes Médiatrices, comment percevez-vous la contribution des femmes à la médiation et à la consolidation de la paix, et quelles sont selon vous les priorités pour renforcer davantage leur participation dans ces domaines ?
Personnellement, je suis convaincue que le monde serait plus pacifique si davantage de femmes occupaient des postes de responsabilité. Les femmes privilégient le dialogue, le consensus et la recherche de solutions durables. Elles contribuent à la promotion de la paix, de la justice et du développement.
Pour renforcer leur participation, il est essentiel de poursuivre les efforts en faveur de l’égalité des chances, de soutenir les associations féminines, de promouvoir l’autonomisation économique des femmes et de favoriser leur accès aux postes de décision. Les avancées réalisées au Maroc ont été rendues possibles sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et avec l’appui de la communauté internationale et de la société civile.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes femmes qui aspirent à une carrière dans la diplomatie ?
Je les encouragerais à croire en leurs compétences, à persévérer et à ne jamais se laisser décourager par les obstacles. La carrière diplomatique exige rigueur, professionnalisme, engagement et résilience, mais elle offre également l’opportunité de servir son pays, de promouvoir ses valeurs et de contribuer au rapprochement entre les peuples.
Je leur dirais de ne jamais douter de leur légitimité à accéder aux responsabilités les plus élevées. Les femmes n’ont pas à prouver davantage que les autres leur mérite ou leur compétence. Leur présence dans la diplomatie enrichit la prise de décision, favorise le dialogue et contribue à construire des sociétés plus justes et plus pacifiques. Il est essentiel que les jeunes générations continuent à faire entendre leur voix, à investir les espaces de décision et à participer pleinement à la définition des politiques et des priorités de demain.
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Le parcours de S.E. Mme Jaïdi s’inscrit dans une histoire plus large : celle des femmes qui ont contribué, par leur engagement et leur expertise, à faire évoluer la diplomatie marocaine et à ouvrir la voie aux générations suivantes. À l’occasion de cette journée, il rappelle l’importance de poursuivre les efforts en faveur d’une participation pleine et effective des femmes aux espaces de décision internationale.
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