La pouvoir de la paternité engagée : des pères d'Égypte, de Jordanie et du Maroc montrent la voie
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Un groupe de pères d’Égypte, de Jordanie et du Maroc remet en question des normes sociales profondément ancrées autour de la paternité et du travail des soins à autrui. Autrefois réticents à l’idée de jouer un rôle actif dans la garde des enfants et les responsabilités domestiques, ils adoptent désormais des approches familiales plus équilibrées et équitables.
Ces trois pères, issus de contextes et de parcours de vie différents, ont un point commun : ils ont participé aux interventions communautaires du programme “Dare to Care”, une initiative régionale d’ONU Femmes, financée par la Suède, l’Allemagne et la région du Pays basque, visant à transformer les normes sociales de genre qui freinent l’implication des hommes dans la garde des enfants et les responsabilités domestiques, ainsi que l’autonomisation économique des femmes dans la région des Etats arabe.
À travers des activités sociales, du mentorat et un accompagnement par les pairs, ces pères ont découvert le pouvoir transformateur d’une paternité engagée, tant pour leurs familles que pour eux-mêmes. Découvrez ces pères qui bousculent les normes sociales et cultivent les joies des soins à autrui.
Mamoun et son fils partagent un moment créatif à Russeifa, en Jordanie. (Photo : Fondation Athar, 24 mai 2026)
Mamoun : semer les graines de l’égalité au sein du foyer en Jordanie
Le parcours de Mamoun vers une paternité plus engagée a débuté dans la ville de Russeifa, en Jordanie. Ce père de quatre enfants — deux filles et deux garçons — âgé de 55 ans, considérait autrefois que la garde des enfants et les tâches domestiques relevaient essentiellement du rôle de son épouse. En participant aux sessions organisées par l'association communautaire Athar dans le cadre du programme “Dare to Care”, il a progressivement commencé à repenser sa place au sein de sa famille. Dans ce témoignage, Mamoun explique comment il est devenu plus présent auprès de ses enfants et souligne l’impact positif qu’un partage plus équitable des responsabilités domestiques et des soins à autrui a eu sur son épouse et ses enfants.
« Avant, je me concentrais uniquement sur mon métier. Je rentrais à la maison et je dormais après le travail. Je passais très peu de temps avec ma famille, sans véritable moment pour créer du lien ou renforcer ma relation avec eux. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus impliqué dans mon rôle de père, et cela a eu un impact profondément positif sur le bien-être de mes enfants. »
Mamoun soutient activement les projets professionnels de son épouse et de sa fille aînée, qui ont lancé chacune une petite entreprise, et a commencé à prendre en charge davantage de tâches domestiques et de responsabilités de soins pour soutenir les initiatives de sa femme. «Mon épouse travaille aujourd’hui sur un projet à domicile qui connaît un grand succès. Nous faisons tout main dans la main, aussi bien dans son projet qu’à la maison. Nous avons également décidé de répartir les responsabilités domestiques entre nos enfants. Chaque soir, nous nous asseyons autour d’un café et nous planifions les responsabilités du lendemain. »
« Nous avons encouragé ma fille aînée à lancer son propre projet. Elle l’a appelé “Takder”, en référence au nom arabe du programme “Dare to Care”. Nous nous réunissons en famille, nous discutons de ses objectifs et lui offrons des conseils. Aujourd'hui, je planifie même mon avenir avec mes deux filles, et c'est une belle façon de tisser des liens avec elles. »
« Les conseils et recommandations prodigués lors des sessions ont vraiment contribué à faire tomber l'idée que les hommes ne peuvent pas s'impliquer dans les tâches ménagères et les soins aux enfants, surtout ici dans la région du Levant. J'ai l'impression que c'était une perception difficile à changer, mais ça avance. »
Mamoun a décidé de passer le flambeau à d’autres pères et hommes de sa communauté. « Je partage maintenant les messages que j’ai appris pendant les sessions avec les personnes de ma communauté. Récemment, j’ai commencé à discuter de ces idées avec mon frère, et il a déjà participé à quatre sessions avec moi. À la prochaine fête des pères, je vous promets que ce sera lui qui sera interviewé sur son expérience », ajoute-t-il avec détermination.
Nady et sa fille Sagda jouent ensemble à Fayoum, en Égypte. (Photo : Fondation Gozour, 10 juin 2026)
Nady : un chemin vers de nouvelles perceptions de la paternité en Égypte
Dans un village paisible du Fayoum, en Égypte, le foyer de Nady a connu une véritable transformation. Ce père de deux garçons et deux filles, âgé de 46 ans, a découvert le sens véritable du partenariat au sein du foyer et les bienfaits d'une répartition plus équitable du travail des soins à autrui non rémunéré entre les membres de la famille.
Aux côtés de son épouse, Warda Eid, Nady revient sur l’homme qu’il était autrefois : un gardien des normes patriarcales. Il explique qu’il ne se servait jamais lui-même un verre d’eau et ne retirait jamais son linge de l’étendoir, par crainte que ses voisins ne le voient effectuer des tâches domestiques.
Lorsque son épouse a été hospitalisée quelques jours, alors qu'il suivait les sessions organisées par la Fondation Gozour dans le cadre du programme “Dare to Care”, Nady a été mis à l'épreuve — et s'en est sorti. « J'ai cuisiné pour nos enfants, fait la lessive, accompagné les enfants à la crèche, fait le ménage, tout. Comment peut-on exiger d'une femme qu'elle s'occupe seule de quatre enfants et gère toutes les responsabilités ménagères ? » s'interroge-t-il.
Nady attribue l'évolution de sa vision des rôles domestiques à une combinaison de foi et de prise de conscience sociale : « Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est que 90 % de cette transformation vient de ce que j’ai appris sur notre modèle, le Prophète Mohammed, paix et bénédictions sur lui, et sur la manière dont il contribuait à la vie du foyer. Les 10 % restants viennent de ma prise de conscience de la dureté avec laquelle la société peut traiter les femmes en les cantonnant à un seul rôle. »
Nady et son épouse partagent une observation particulièrement éclairante : lorsqu’ils ont commencé à répartir les responsabilités domestiques, ils ont disposé de davantage de temps libre ensemble. Son épouse a également commencé à réaliser des créations artisanales, avec son aide et celle de leurs enfants.
Nady explique qu’il est déterminé à transmettre à ses deux fils les valeurs qu’il a apprises, et qu’il en observe déjà les fruits. « Mes fils participent beaucoup aux responsabilités domestiques, parce qu’ils me voient le faire. J’ai veillé à leur transmettre cela. Ce n’est pas normal qu’un garçon demande à sa sœur de lui apporter de l’eau. Pourquoi ne le ferait-il pas lui-même ? », affirme Nady.
Azzedine portant sa fille Lina à Loudaya, au Maroc. (Photo : Taha Bensalmia, 16 octobre 2025)
Azzedine : déconstruire les mythes autour de la paternité au Maroc
À Loudaya, une commune située dans la région de Marrakech-Safi au Maroc, Azzedine, père de Lina, 4 ans, défie les mythes liés aux masculinités et à la paternité. Dans son témoignage, Azzedine explique comment sa perception de son rôle de père a évolué au fil des années et comment il observe que les normes sociales qui décourageaient autrefois les hommes de participer aux responsabilités domestiques et des soins à autrui commencent à s’estomper.
« À la maison, nous partageons les choses de manière équitable. Chaque responsabilité que j’ai le temps d’assumer, je la prends en charge. Je cuisine, je fais le ménage, j'aide les enfants avec leurs devoirs et je joue avec eux. Je pense que les hommes doivent participer aux responsabilités domestiques — on ne peut pas tout laisser à la femme, c'est trop pour une seule personne et cela peut être source de stress. »
Azzedine est l'un des nombreux hommes qui participent aux sessions favorisant l'implication des hommes dans les responsabilités domestiques et les soins aux enfants, organisées par Project Soar, partenaire communautaire de mise en œuvre d’ONU Femmes au Maroc.
Azzedine observe que les mentalités évoluent et que les gens reconnaissent de plus en plus que les responsabilités constituent un engagement partagé entre les femmes et les hommes. «Ce sont les traditions, et non la religion, qui ont promu l'idée qu'un homme qui partageait les tâches ménagères manquait de virilité. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes reconnaissent que les responsabilités familiales doivent être partagées, ce qui est en accord avec les enseignements religieux. Le Prophète Muhammad, paix et bénédictions sur lui, dit : "Le meilleur d'entre vous est celui qui est le meilleur envers les siens (خيركم خيركم لأهله)". ».
Azzedine revient également sur les valeurs qu’il a héritées de son père et qu’il transmet aujourd’hui à ses propres enfants. « Pour moi, ces valeurs incluent le maintien d’une relation proche avec ses enfants et le partage des responsabilités domestiques », explique-t-il, en se souvenant que son père cuisinait parfois des tajines.
« Il y a des habitudes positives que l’on transmet naturellement à ses enfants. Quant aux habitudes négatives, nous devons les arrêter avec notre génération et ne pas les laisser se perpétuer. »
Ces trois histoires illustrent l’impact positif des interventions du programme “Dare to Care” d’ONU Femmes dans les communautés ciblées, en cohérence avec les résultats quantitatifs de l’évaluation à mi-parcours de ces activités. Cette évaluation a notamment montré que les interventions ont, jusqu’à présent, contribué à réduire l’écart entre les femmes et les hommes dans le temps consacré par les couples aux responsabilités domestiques et aux soins à autrui : 73 minutes par jour au Maroc et 47 minutes par jour en Jordanie. Les données pour l’Égypte ne sont pas encore disponibles.
“Dare to Care” s’inscrit dans l’initiative mondiale TransformCare d’ONU Femmes, mise en œuvre dans 51 pays, qui vise à promouvoir une vision transformatrice du travail des soins à autrui en tant que pierre angulaire de l'égalité de genre, de la cohésion sociale, du bien-être et de la réalisation des droits humains.